Princesse  

« Elle était un ange. Elle était un astre brillant. Sa particularité est qu’elle brillait plus que les autres. Elle était cette belle partie visible d’un Dieu invisible, la preuve d’un amour infini de Dieu envers l’humanité » Tels étaient les mots que j’avais prévus d’employer le jour de son départ. Aujourd’hui, elle n’est plus des nôtres. Il y a à peu près deux ans qu’elle est partie mais cela n’empêche pas que son départ traumatise toujours. Le temps de l’enterrement, les levées de deuil, partielle et définitive, ont été éphémères. Elle a laissé une plaie béante, sans pansement. On a été contraint de reprendre le cours de la vie et retrouver un semblant de vie normale le plus tôt possible.

C’est un matin comme les autres, dès le lever du soleil, après un profond sommeil, je me lève et espère une belle journée. J’ai le ventre qui gargouille ; je n’y ai rien mis la nuit dernière, comme j’en ai l’habitude. Je prends une tranche de pain et une tasse de thé puis m’installe devant l’ordi pour continuer ma lecture. J’ai hâte d’arriver à la fin, ignorant le fait que je suis aux premiers pages d’un roman de cinq cents pages. Vers 15h, je me prépare pour me rendre en ville dans un rendez-vous avec mes anciens camarades de classe en primaire. Je suis très excitée car Princesse, la préférée de tout le monde, a quelque chose d’important à nous dire. Mon imagination me suggère soit un mariage ou un départ à l’étranger.

Rares fois dans l’histoire de mes rendez-vous, je sors de chez moi à temps. Sans surprise, de Gasekebuye à Musaga, je perds du temps en attendant le bus. Sur le lieu du rendez-vous, je suis surprise d’y trouver Carl. Carl était le premier de la classe, celui qui n’avait jamais le temps pour les autres. Je le trouve élégant dans son costume qui lui va comme un gant. Cela me rappelle que sa chemise n’était jamais enfilée et sa ceinture jamais serrée. Assise devant lui, je me pose quelques questions « a-t-il changé ? a-t-il enfin décidé de devenir sociable ? » Des questions que je n’ai jamais pris le temps de me poser car mes yeux ne se sont jamais posés sur lui, avant.

Les autres sont là aussi. Le groupe de Nao, Jasmi et Nina dans de courtes robes « les fesses à l’air », comme on dit au pays, est présent. A chaque coup d’œil autour de la table, milles souvenirs se ravivent. David et Michel sont venus aussi. David était mon camarade de table. Il était toujours dans les jeux vidéo. Il savait me mettre à l’aise, aucun sujet n’était tabou avec lui. Michel est toujours un passionné de football je pense. Il ne parlait pas souvent et cela ne nous gênait pas. Au fond, je trouve que nous sommes toujours restés les même. On fait d’abord des commentaires sur tout et sur rien. Quelques dérapages par ici et par là sont permises : « Carl n’a pas le temps pour les porteuses de jupes courtes. Elles restent souvent célibataires. »

L’annonce

D’un coup Princesse se lève. Un silence assourdissant vient d’un coup, après les fous rires. Princesse semble inquiète ; nous on ne fait que l’observer avec des regards perdus. On se pose beaucoup de questions. « Est-elle enceinte ? a-t-elle été violée ? est-elle sur point de se marier avec un homme qui la maltraite ? … » Elle commence par des mots doux pour amortir un probable choc. On est tous silencieux et concentrés, avalant chaque mot qu’elle partage avec nous. Elle annonce avec douceur et tristesse la nouvelle : on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Michel, le plus silencieux et attentionné de nous tous, baisse la tête. David, le passionné des jeux vidéo, laisse couler une larme.

Par réflexe, je tiens la main de Princesse, avec une tendresse dont j’ai l’impression de n’avoir jamais fait preuve et lui souffle des mots qui viennent du fond du cœur, pour expliquer l’inexplicable et consoler l’inconsolable. Je voulais qu’elle comprenne qu’elle ne doit point perdre espoir en Dieu, que le Dieu qu’on sert ne nous a point trahi et ne le fera pas. Elle ne doit jamais se sentir seule car nous serons à ses côtés et son combat est aussi le nôtre. A la fin de la conversation, chacun lui donne un long câlin qui semble durer une éternité …

Quelques mois après l’annonce, l’état de Princesse a empiré. Elle a passé ses jours avec sa famille et nous autour. Elle a été d’une force incroyable et faisait de son mieux pour supporter la maladie et la douleur infligée par les médicaments. Elle nous souriait souvent ; un sourire de guérison comme celui d’un au revoir. Je me préparais à tout.  

Aujourd’hui, je passe des nuits à me bercer de son souvenir pour dormir et ne plus pleurer, en me disant : « Ne sois plus triste. Elle est plus faite pour le paradis que pour la terre. Tu la gardes dans ton cœur. »

Hommage à toutes ces âmes éteintes par le cancer.

Et force à ceux qui se battent.

11 réflexions sur « Princesse   »

  1. Ce que tu as fait est excellent Lamona👏🏼👏🏼
    Bon courage!
    Continue à cet élan et tu iras loin.

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