Un beau mariage

Ou la vérité au de-là de la robe blanche

Mon cher,

Dans deux mois, je serai ta femme. Pendant le week-end de la dernière semaine de Juillet, j’honorerai ma promesse de t’aimer, te chérir et te respecter jusqu’à la mort ; pour le meilleur et pour le pire. Je dois t’avouer que cette réalité m’enchante autant qu’elle m’effraie. Depuis que tu as commencé les préparatifs du mariage, depuis le jour où tu m’as décliné ta proposition, à laquelle j’ai adhérée, non sans hésitation, je dors de plus en plus mal. L’idée du mariage me crispe, celle de son éternité me donne des cauchemars ; ajoute à cela la peur de me tromper de partenaire, tu obtiens une fille aigrie, étrangère à ses propres décisions et malheureuse de son existence. C’est ce qui arrive quand on s’entête à regarder le passé tout en tournant le dos à ses lendemains j’imagine. Tu n’es en aucun responsable de cet état.

Le choix de la raison

J’ai grandi dans une famille aimante où je n’ai manqué de rien, une enfance innocente, une adolescence insouciante avec ses risques et ses leçons de vie. Dans cette existence, je n’ai connu qu’un seul vrai amour. Un garçon du quartier sur qui j’avais flashé depuis la maternelle et avec qui la relation a commencé à la fin du cycle supérieur, jusqu’à la fin de l’université. Une relation avec ses hauts et ses bas qui s’est terminée sans prémonition le jour où il fut au courant de ma trahison au cours d’une soirée un peu trop arrosée. Je ne me suis jamais remise de cette fin malgré son pardon. Quand il est parti, il n’a laissé derrière lui que chagrin et déroute, me retrouvant dépossédée de ma propre histoire.

C’est dans cette période que tu as atterri dans ma vie. Un come from de Russie, un peu trop âgé et sage pour moi mais dont les sorties et les laïus me faisaient oublier mes misères. Tu n’as pas voulu creuser dans mon passé, peut être parce que tu as vu en moi la femme et non la fille. Je n’ai pas été étonné quand tu m’as demandé de t’épouser mais je me suis surprise à moi-même lorsque j’ai accepté ta demande. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit ce jour-là, trop flippée à l’idée de m’engager avec quelqu’un pour qui mon cœur ne bat vraiment pas, mais que la raison a approuvé.

Une dette morale

Un mari qui m’aime, une belle famille qui m’a adopté, un boulot et une voiture ; je ne peux rêver mieux j’imagine. Tu n’es pas l’élu de mon cœur, je ne peux pas forcer (ou je ne veux pas) mes sentiments et je ne pourrai jamais t’aimer comme lui, car il est et restera mon seul et unique amour. Mais tu auras mon respect, je peux le promettre. L’épouse, le trophée et la femme tu les auras tous. Je ferais ta gloire et tu t’occuperas de nous, ta famille. Je ferais de mon mieux pour continuer à mériter ton amour, tout en amortissant le poids de ma culpabilité, me référant à ton appréciation puis demeurer étrangère à moi-même. L’homme a le don de se trouver des excuses quand il n’arrive pas à affronter ses démons, surtout quand il pense que le bonheur d’autrui l’aidera à couvrir sa honte et avancer tant bien que mal vers son destin.

Je vais assumer mon incapacité à oublier mon passé car les hommes ont aussi le don d’inventer leurs malheurs dès qu’ils essaient de trouver ailleurs ce qui est en eux. Notre union me permettra de glaner l’estime de la part d’une société hypocrite tout en m’assurant une descendance à un âge raisonnable pour marier une fille (je n’ai que 28ans après tout). Et enfin je noierai ma peine dans la joie que me procurera la maternité. De temps en temps, la solitude me submergera, la déprime me visitera, mais j’essaierai toujours de me fondre dans la masse malgré la douleur et le chagrin : ce sera le prix à payer pour la famille.

Mon cher, que cette lettre te soit une consolation de cet amour que je n’arrive pas à t’offrir, car derrière chaque histoire, il y a un passé, un prix que l’on doit payer et des conséquences qui vont avec. Pardonne-moi de t’infliger ça.

Ta chère et tendre C.

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