Covid-19 : Mon histoire

Debout sur le balcon, au premier étage du bâtiment de l’hôpital qui, désormais marquera mon esprit à jamais, la vie me revient peu à peu. Je prends appui sur les garde-fous pour inspirer l’air fraîche qui allège délicieusement la souffrance de mes poumons. Je regarde de l’autre côté, en face un autre bâtiment également en étage. Des cris entrecoupés par des sanglots annoncent certainement un décès. Depuis mon arrivée, inquiétude, dépit et désespoir animent l’ambiance des lieux.         

Soudainement, mon attention est détournée par l’arrivée d’une voiture dans la cour intérieure qui sépare les deux bâtiments. Telle une course rallye, elle fait en stationnant un virage complet, parfaitement spectaculaire. Un jeune homme sort de la voiture, il court hâtivement vers la réception des urgences en criant fort à l’aide. L’urgence est sans appel. Sans attendre, un homme en blouse blanche sort avec un brancard. Un autre homme le suit avec une petite bombonne à oxygène pareille à celle de ma chambre. Bien gantés, ils portent tous des masques chirurgicaux. Usant de toutes leurs forces, ils font sortir de la voiture un vieillard d’un grand gabarit malgré une apparence septuagénaire. Son état est critique, il est entrain de suffoquer. Sur le brancard, avec mille précautions, il est ramené illico presto aux urgences sans doute pour une réanimation. A l’intérieur le personnel médical est en alerte. Quelques minutes plus tard, le jeune homme revient dans la cour intérieure tout en larmes. Le grand gaillard vient de casser sa pipe. La scène est fade, désolante. Tout me rappelle la raison de ma présence dans cet hôpital. Je laisse échapper un petit soupir pour remercier le Dieu qui, jusqu’à maintenant, a épargné ma tronche.

Impuissant devant les événements, je retourne dans ma chambre. Je contemple un peu la bombonne à oxygène qui m’a ressuscité il y a quelques jours. L’aurais-je eue à temps ? Ou serais-je plus chanceux que l’autre ? Dieu seul sait. Je m’allonge ensuite sur mon lit pour m’envoler dans mes pensées …

Au commencement

C’était la semaine dernière, vendredi soir de retour du boulot, je sentais une fatigue inhabituelle que j’imputais naturellement à ma semaine trop surchargée. J’avais besoin d’un calmant pour me reposer. Un petit verre Johnnie Walker devrait faire l’affaire. La nuit, sous l’effet johnnie walker, je parvins à m’endormir comme un bébé.

Le matin au réveil, j’avais une fébricule qui fut bien calmée par un comprimé de paracétamol. Ma tête complètement à l’envers pesait une tonne. J’éternuais par saccades, le nez coulait, la gorge m’irritait à mort. Le contenu de mes viscères tressaillait pour laisser la nausée prendre la hauteur jusque dans ma bouche. Mon corps me lâchait progressivement. Vieillard aux expériences multiples, malgré mon petit gabarit, mon orgueil prenait toujours le dessus. Pas question de me ridiculiser devant mes enfants et petits-enfants. La grippe je l’ai connue dès la sortie des entrailles de ma mère. J’ai toujours cru en mon immunité de fer qui, depuis 10 ans me permet de cohabiter presque en symbiose avec mon diabète et mon hypertension. Inutile alors d’aller voir le toubib.

Le jour suivant, je frissonnais déjà comme une fillette. Je commençais à manquer d’air. Mes narines frémissaient comme une chèvre à l’agonie et mes poumons m’en demandaient plus. Plus le temps passait, plus je devenais un légume.

De retour de sa ballade avec ses amies, ma femme était médusée en voyant son vieux Roméo complétement à terre, à deux doigts de croiser l’ange de la mort. J’entendais ses cris d’appel au secours s’assourdir progressivement. Impossible de me lever cette fois-ci. Mon orgueil était à terre ; je sombrais doucement.

Puis silence radio ! Il n’y avait plus de voix ni d’images avant de me réveiller selon ma femme une journée après, avec des tuyaux dans les narines pour m’approvisionner en oxygène.

Les yeux ouverts, j’étais accueilli, à deux mètres de mon lit, par ma femme, mes enfant et petits-enfants, visages masqués mais étincelants avec réjouissance et soulagement. J’avais une énorme envie de les embrasser. En dépit de leur joie, personne ne s’approchait pour se jeter dans mes bras. A côté de ma tête se trouvait un appareil doté d’un écran qui affichait des tracés dont la signification m’échappait. Le spectacle était animé par un petit bip parfaitement synchrone aux tracés. Bref, toute une combinaison pour me permettre de respirer. Je compris enfin que le coup avait été vif, pour ne laisser que deux mots à ma bouche : « Sacré covid-19 ! »

PS : Du bout du monde, le covi-19 est bien présent ; prenez soin de vous et de vos proches.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *