C’est la belle nuit de Noël, les factures sur des papiers d’une blancheur immaculée commencent à tomber comme de la neige. Les impayés s’accumulent et les rappels des créanciers réclament le remboursement total de leurs dettes. Les yeux levés vers le ciel, à genoux, avant de fermer les paupières pour la nuit, je fais une dernière prière. Il faut bien garder espoir, Noël est un ogre financier auquel il faut se préparer si possible.
Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel avec tes milliards de dollars, n’oublie pas mon petit million. Et avant de partir, il faudra bien te souvenir qu’il va faire très froid dans mes économies, et que c’est un peu à cause de toi. Alors oublie tout ce que tu veux mais n’oublie pas mon petit million …
Il me tarde tant que l’année se termine pour qu’enfin j’arrête de faire cette triste mine. Il me tarde que ces fêtes s’achèvent pour qu’enfin toutes ces publicités qui me crèvent les oreilles et abêtissent mes enfants s’achèvent. Tous ces beaux joujoux qu’ils font miroiter à mes gosses et qu’ils voient en rêve chaque fois qu’ils ferment les yeux. Tous ces joujoux que je dois commander pour faire briller leurs jolis yeux ; pour qu’à la fin, c’est toi papa Noël qui en récolte les lauriers.
Les enfants sont allés faire dodo et ma femme me regarde avec ses yeux doux. Elle me sourit, un sourire radieux qui irradie mes sinistres pensés, je pense que mon tour de célébrer Noël est enfin venu. D’une manière délicate, elle me montre son long cou nu et c’est à moi de lire entre les lignes et comprendre la surprise qu’elle attend de petit papa Noël. Elle a été si sage que le père Noël n’oserait pas oublier son collier. Le marchand de perles va passer très tôt demain. Au loin, le son des cloches des églises continue de retentir et me rappelle douloureusement qu’en plus de casser ma tirelire, c’est à moi de veiller à ce que la livraison se fasse à temps si je tiens à survivre à cette maudite année et commencer en beauté celle à venir. La distribution des surprises, une autre peine duquel je dois m’acquitter avant de clôturer l’année en beauté.
Le jour de Noël
Les jolis espaces n’attendent que nous pour commencer la fête. Les enfants n’attendent que moi pour aller faire la fête et Dieu sait que je n’ai aucune envie de sortir de cette maison. Après tout, Noël est une fête en famille et normalement, la famille fête dans son foyer. Logiquement, hors de question de sortir de la maison, avec tous ces accidents de fin d’année aussi. Et pourtant, les enfants ont été si sages, leurs vœux doivent être exaucés et c’est mon devoir d’exaucer leurs volontés, tout ça au nom du petit bonhomme rouge.
Finalement quand tout le monde sera sur son beau nuage, je sombrerai dans mon inévitable naufrage. Avec ce sourire figé sur mon visage, pour faire semblant d’aimer ce gaspillage, je serai là attendant que ce supplice prenne fin et espérant que j’y survive ; ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix. Et au milieu de ma merveilleuse famille, moi qui tout au long de l’année, je n’ai pas toujours été très sage avec les finances de la maison, je subirai mon inévitable châtiment. Et même si j’en demande pardon, je sais que le mauvais garçon n’échappera pas à sa punition, alors aucun cadeau pour lui.
Alors petit papa Noël, quand tu descendras du ciel avec tes milliards de dollars, n’oublie pas mon petit million. Mais avant de partir, il faudra bien se souvenir que je suis dans la galère, et c’est en partie à cause de toi …
