Réminiscence : Chapitre 2

C’est un dimanche encore une fois, le jour de son mariage, un jour pas commode pour les habitués des samedis. C’est l’été et le soleil brille de tout son éclat. Aussitôt sorti du bus, je franchis à petit pas de course la ruelle menant vers son église pentecôte. Tout en sueur, arrivé devant l’entrée de l’église, le chef du protocole me foudroie d’un regard assez hautain. Il semble me rappeler que je ne suis pas à ma place. M’aurait-il reconnu ? Ou bien c’est juste parce que je ne porte pas de bible dans ma main ? S’il savait que je n’en avais même pas à la maison. J’entre et prends siège juste au milieu de l’église.  

Droit devant, à quelques mètres de mon siège, le pasteur se remue dans tous les sens en criant haut et fort que c’est le jour des miracles que Dieu avait réservés aux mariés. J’ai envie d’éclater de rire mais je me retiens. Il fait pleuvoir des éloges sur la vie pieuse des mariés. J’essaie de bien tendre l’oreille pour applaudir et la soutenir. Je ne suis venu que pour ça j’imagine.

Avant la bague

La mariée qui s’apprête à jurer amour et fidélité pour toujours est une très proche amie.  Quand on s’est connu, après un de ces rencards qui marquera ma vie à jamais, j’ai appris à la connaitre et depuis ce jour mon cœur n’a plus battu que pour elle. Quand je lui ai demandé de sortir avec moi, elle m’a dit non ; malgré elle. Au début, elle ne m’a pas avoué ses raisons. Comme consolation, elle m’a proposé de m’offrir son amitié, mais la friendzone n’a jamais été dans mes options. Elle a pris ses distances mais en vain. Son cœur avait ses raisons et la raison avait les siennes.

Quelques mois après, elle est revenue de son gré dans ma vie et a continué à roder autour de moi. Elle a appris à me connaitre beaucoup mieux. Elle a fait connaissance avec la personne que je suis devenue après son départ et le petit diable qui sommeillait en moi. Elle a essayé de tolérer tant bien que mal mes convictions religieuses et ma façon de penser. Difficile a été pour elle de passer outre ses croyances et sa dévotion envers son église pour moi. Un détail jusque-là sans importance pour moi qui ne lui ai jamais obligé de changer d’église. Je savais déjà que pour elle son église était un détail de taille. « J’ai fait un pacte avec mon Dieu. Je dois épouser un homme pieux, de même foi que la mienne » me disait-elle. Umwenedata.

Et pourtant, de ma part, sa beauté et sa bonté me suffisaient amplement, le reste n’était que secondaire. Je n’avais aucune exigence à part qu’elle me retourne cet amour. J’ai essayé de m’accrocher à un destin qui, chaque jour devenait de plus en plus incertain. Ironiquement, je m’investissais encore plus. Elle était à mes yeux un cœur pur à prendre, une amie à protéger, une beauté singulière à admirer ; une femme à épouser.  

Comme moi mais pas moi

Dans son univers religieux, elle s’est toujours contredite en s’efforçant d’ignorer sans succès les cris de son cœur pour nous priver de cette idylle qui n’attendait que sa décision. Quand c’est devenu insupportable, elle a ravalé sa fierté pour demander avec véhémence ma reconversion religieuse. Je pouvais tout lui concéder pour être avec elle mais la reconversion n’était pas sur ma liste des concessions. Elle a encore une fois tourné le dos à cet appel pour préserver sa réputation à son église au grand dam de ses sentiments, avec souffrance et déception. Dans mon coin, je me demandais pourquoi continuer de se jeter dans un gouffre sans fond. C’est à ce moment que la raison prenait le dessus pour essayer de me convaincre de tourner la page. Hélas, il suffisait qu’un « tu me manques » apparaisse sur mon écran pour que le cœur reprenne ses commandes. Elle n’a jamais nié son amour mais le pacte avec son Dieu primait toujours. J’en avais marre des palpitations sans remède. Il fallait en discuter avec elle et en finir pour de bon.

Le moment venu pour en parler, elle m’annonça à la dernière minute qu’elle n’avait pas assez de temps. Elle avait obtenu une bourse d’étude pour le vieux continent et devait prendre l’avion dans quelques jours. Elle devait préparer son départ. La nouvelle m’enchanta énormément. Le destin venait d’être certain et le fond du gouffre se voyait enfin. Pour le peu de temps qui nous restait, on s’est rencontré dans notre habituel restau-bar pour échanger autour d’un verre nos derniers vœux. L’heure de rentrer arrivée, le dernier câlin d’au revoir fut court, timide et bizarre mais prometteur d’un bel avenir solitaire. Sur le chemin du retour à la maison, je ne pus m’empêcher de passer dans un bar pour ingurgiter une bière fraiche en l’honneur de cette fin digne d’une saga.

Me voici maintenant, des mois plus tard, pour la première et surement dernière fois dans cette église, mon amie dans les bras d’umwenedata, en train d’honorer son pacte avec son Dieu, résultat d’un choix amer et raisonnable. La bague est en train de glisser sur son doit, on applaudit bruyamment dans l’église. Je regarde la mariée, je pense à notre histoire et j’esquisse un sourire désolé. Devant l’évidence du karma qui me rappelle que certains amours ne sont points vivables et qu’ils resteront à jamais en cavale, je me lève de mon siège, me dirige vers la sortie pour éviter de continuer subir ce torture l’esprit. Je lui souhaite tout le bonheur du monde, puisse son pacte lui donner raison dans sa vie future.   

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