Une autre journée se termine. Une journée à la fois longue et courte. Le soleil a boudé toute la journée. Le ciel a toujours mauvaise mine, le jour comme la nuit. La lune se fait discrète, elle peine à percer dans ce ciel nuageux. Je rentre chez moi, retrouver mes livres et faire corps avec ma solitude. Je continue d’espérer que le temps répare ce qu’il a contribué à briser sans grande espoir. Je roule sans me presser, ignore les signaux de ceux qui peinent à me dépasser, certains sûrement presser d’aller embrasser leurs femmes et d’autres profiter de la nuit pour répondre à l’appel du vice ensuite rentrer tard dans la nuit et attendre que le soleil se lève et leur restitue la vertu que la nuit a contribué à leur ravir. Depuis son départ, je vis reclus dans une maison où tout me rappelle son existence. J’ai essayé de noyer mon chagrin dans l’alcool, j’ai failli couler avec. J’ai essayé de la remplacer, personne n’y est parvenue.
Arrivé à la maison, je rentre chez moi et sitôt à l’intérieur, je regrette déjà la cacophonie de la rue. Il se met à pleuvoir dehors comme il pleut toujours dans mon cœur. Je n’ai envie de rien. Je vis à reculons, comme si j’étais en deuil. J’ai froid à l’intérieur de moi, un froid qu’aucune boisson chaude ni personne n’est parvenue à chasser. Debout et figé à ma fenêtre, je contemple la pluie tomber et tomber encore. Nostalgique et insomniaque, seul un stylo et une feuille blanche sont capables de m’aider à épancher mon ressenti …
Mon amour ;
Je ne sais pas pourquoi j’accouche ces mots, peut-être pour alléger le poids de ton absence ou me convaincre qu’après toutes ces années, je peux toujours ressentir quelque chose. Ça fait un moment que tu es parti. Un départ inopiné qui m’a laissé seul avec notre histoire. Je vis dans l’ombre de mon passé à essayer à me convaincre que l’avenir est devant, sans trop y croire ; beaucoup de questions sont sans réponses. Ces derniers temps, je réfléchi beaucoup ; je ne fais que ça d’ailleurs. Je pense souvent à nous, ce que nous étions, ce que nous avons été et ce que nous aurions été et je dois avouer que nous formions une très belle équipe. Je sais que tout s’est terminé sur une mauvaise note, mais je ne regrette rien. Le temps continue de me restaurer ; il y arrive toujours.
Je voulais juste te dire que tu me manques. Non pas parce que je veuille qu’on se reparle à nouveau car je sais que ça n’arrivera plus jamais ou que je veuille qu’on se remette ensemble, il est trop tard pour ça. Juste tu me manques. Ça me manque d’exister avec toi, ça me manque de parler avec toi, ça me manque de t’aimer. Tout me manque chez toi. Ça fait mal quand quelqu’un que tu as connu devient quelqu’un qu’on a connu. Ça fait mal quand la personne qui nous connaissait le plus devient un passé, une histoire révolue, un chapitre qu’on peine à fermer. C’est vraiment bizarre, même après toutes ces années. C’est à la fois déconcertant et beau qu’avec tout ce qui s’est passé, je continue de garder le meilleur de nous, malgré la douleur de ton souvenir. J’essaie de m’occuper trop souvent pour arriver à balayer ta mémoire mais il suffit d’un petit quelque chose pour que la barrière s’effondre et que les souvenirs surgissent. Ce poids est parfois insupportable.
Une grande partie de moi refuse de te laisser partir et laisser la place à une autre. Elle prie chaque jour pour que tu lui reviennes sachant pertinemment que c’est impossible. Elle se gave de tes souvenirs, s’empêchant de lever les yeux vers l’avenir, parce qu’elle s’est convaincue que l’amour a ton visage, ton sourire. Il y a eu et il y a encore des jours où je me surprends à fixer intensément une inconnue dans la rue dans l’espoir de te revoir alors que je sais que l’irrévocable est déjà advenu ; quand le cœur s’entête à écouter la raison.
Je n’ai jamais eu de raison pour être amoureux, même si maintenant je me cherche des raisons pour avancer. Aussi naturel que ça l’a été, j’ai aimé sans aucune raison pour pouvoir expliquer mon amour et j’imagine que c’est pour cela que je peine à en trouver ces raisons pour passer à autre chose, avoir confiance en l’avenir même si celui-ci est incertain. Je vis dans l’espoir de trouver l’amour qui conviendra à ma peine, celui différent du nôtre, un autre qui me permettra de m’épanouir malgré l’amertume. J’ose espérer que je te manque aussi autant que tu me manques et puisse ce ciel qui nous a séparé entendre mes vœux …
L’orage gronde dehors. La nuit est toujours sombre et bruyante, écho de mes peurs et mes angoisses. Resigné, je me prends une bouteille de bière dans le frigidaire, l’ouvre directement et descend d’un trait une gorgée. Le liquide froid qui descend dans mon gosier me fait grimacer, je ne m’attendais pas à ce que cette bière soit si froide. Je retourne à la fenêtre, dans un geste instinctif, lève ma bouteille pour ce sentiment qui me tenaille depuis des années, une courte prière pour nos chers disparus et un petit mot que j’ai appris par cœur pour ceux qui peinent à se relever : « Aux Amis Absents, aux Amours Perdus, aux Anciens et Nouveaux Dieux et à la Saison des Brumes, puisse chacun d’entre nous toujours rendre son dû à la Destinée »
