« Je vais me mettre en retrait. Je ne veux pas être une tache à ton bonheur. Nous méritons le meilleur du monde » ; tels furent ses derniers mots avant de me laisser planter là, un dernier baiser d’adieu sur les lèvres, un regard désolé et sincère et quelques traces de larmes égouttées sur ses joues puis entacher son beau visage. Un visage qui m’a fait tant fantasmer jadis. Je la regarde qui prend ses affaires puis se diriger vers la sortie. Sa silhouette qui s’éloigne va être mon dernier souvenir d’elle, de ce que nous avons été. Sans amertume ni désespoir, j’accepte le sort qui vient de s’abattre sur moi sans rancœur. Ce n’est pas comme si je ne m’y attendais pas.
D’un geste mécanique, sûr et certain, longtemps après son départ, je me lève et tourne le dos à la porte de sortie et au monde qui m’entoure, m’assoies au bord du lit et dirige mon regard vers le lac et son infini à travers la grosse vitre de la fenêtre, aller chercher au-delà le réconfort dans l’horizon rouge sang que le soleil couchant a créé. J’aimerai me lever et courir, partir loin d’elle et de son souvenir. Il est encore trop tôt. Mes jambes sont ankylosées, mes mollets me font mal, tout mon corps tremble, mon cœur est léthargique et le regard qui fixe le vide. Le temps s’est arrêté. J’ai envie de crier ma peine, maudire le destin qui vient de condamner cet amour, renier les dieux qui continuent de s’acharner sur mon sort. Mais rien ne sort de mon gosier. Je suis persuadé que je ne mérite pas ce qui m’arrive.
Après plusieurs minutes d’apathie, avec un effort qui me semble titanesque, m’appuyant sur mes genoux, j’arrive à dresser ma carcasse indolente, m’habille machinalement, sors de la chambre et me dirige daredare vers le gros portail de l’hôtel sans un regard vers le réceptionniste. Je laisse un message sur le WhatsApp du gérant de l’hôtel, un ami de longue date qui se prenait pour le centre de l’univers et draguait à tout vas mais s’est assagi depuis qu’il a surpris sa femme dans les bras d’un autre dans son propre lit conjugal : « Je récupèrerai la voiture plus tard ». Je ne sais pas où je vais.
Une situation (Im)possible
Je suis amoureux d’une femme d’un autre. Je marche lentement dans la rue. Je hume l’air frais dehors. Au moins je ne sentirai plus l’odeur de son parfum. Cette idée me soulage autant qu’elle me pince le cœur. Elle me manque déjà. Dans la rue, les visages que je croise autour de moi ne me sont pas familiers. C’est la première fois que je me balade à pied dans ce quartier. Un quartier situé pas très loin de la capitale et apprécié pour son emplacement et qui offre l’anonymat complet à ses illustres invités. Aucune voiture n’est garée dans la rue. Ce n’est pas une coïncidence. Seuls les gardiens des grandes maisons peuplent les rues. Je sens mon téléphone qui vibre dans ma poche. Je le sors et lit le message sur l’écran d’accueil sans déverrouiller l’appareil. C’est elle. « Merci pour tout. Je ne t’oublierai jamais ». La suite est prévisible. « Moi aussi je ne t’oublierai jamais ». Tous les moments passés avec elle défilent devant mes yeux tel un film. Je déteste ce que je ressens à cet instant précis. Le téléphone vibre encore une fois dans ma poche. Ça commence à m’agacer. C’est ma femme. Je laisse sonner. Je ne réponds pas. Je n’en ai pas envie. Il faut que je retourne à l’hôtel, il se fait tard. Les étoiles sont brillantes ce soir.
Un amour inassouvi se traduit toujours par un vide qui engendre un sentiment d’amertume et d’indifférence à l’égard de ce qui est important dans la vie. Il me faut accepter mon sort et tourner la page ; vite. Je dois prendre sur moi, ce n’est pas comme si j’avais le choix. Avec le temps, cette histoire passera peut-être ; peut-être pas. Il n’y a rien de plus important que la famille disent-ils. La vie est ainsi faite. La famille, c’est sacré. Il faut toujours faire passer le bonheur des siens avant le sien. Je me demande bien comment les enfants pourront être heureux quand les parents ne le sont pas. C’est compliqué. Il y a des causes qui produisent des effets. Rien ne se perd. Je vais apprendre à vivre sans elle ; pour ma famille.
Je ne pourrai jamais bâtir mon bonheur sur le malheur des miens. Trouver ce qui sied au bonheur des miens est ma mission ultime. Le bonheur des miens anesthésiera ma peine. Je veux qu’ils gardent une meilleure image de moi parce qu’après tout qui est vraiment heureux à la fin ? La vie d’adulte est une vie à faire semblant que tout va bien alors que rien ne va. Je suis condamné à aimer autrement, comme un père et un époux. « Bienvenue au club », ironiserait mon ami le gérant.

Émouvant cette façon d’écrire.
Raconter l’histoire de beaucoup de gens, je trouve ça très bien et loin des illusions que de nombreuses personnes se font de l’amour et de la vie en général.
Courage c’est la première que je me penche sur tes textes et je les trouves super.
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