Mon mariage :  un vœu et des compromis

Il est presque quatorze heures, bien fatigué, je rentre du boulot. Je marche lentement en longeant l’ancien boulevard de l’Uprona. Depuis quelques semaines, la carence du carburant impacte le transport publique, poussant tout le monde à être plus proactive et en mouvement : mission zéro sédentarité. Le soleil accablant de Bujumbura n’a plus d’effet sur personne. Quand j’étais gamin je croyais qu’à Bujumbura on se faisait transporter mais aujourd’hui la réalité est devenue qu’à Bujumbura, on marche désormais. Plus écolo, la capitale économique est devenue une ville des piétons. Les temps ont changé.

C’est un samedi après -midi, la folie et l’effervescence des mariage se voit partout dans les rues dégagées de la capitale. Je me fais plaisir et observe tous ces couples qui, en posant différemment, devant les objectifs des cameramans, se prennent en photos en se lovant en pleine rue. A les voir, ils habitent une planète propre à eux ; la planète bonheur. Ils sont seuls dans leur monde et ivres d’amour, aucun souci ne semble les éveiller à la réalité. Au moment où nous, autres citoyens de la capitale, apprenons à marcher des heures sous un ciel changeant, à ces tourtereaux, Dieu ne semble rien priver. Ils roulent avec des véhicules full-tank. Rien ne les arrête, dans leur décision de se caser et partager leurs folies pour la vie. Le genre de folie qui pousse les gens à prendre des décisions difficilement réversibles. Je ne peux que leur souhaiter tout le bonheur du monde. J’ose par ailleurs croire en leurs sourires en espérant que dans quelques mois ils ne se lanceront pas cuillères et marmites au visage.

De l’autre côté, un autre couple fait irruption dans la rue avec un cortège uniquement fait de voitures Mercedes Benz. Tel un tournage hollywoodien, cameramans à l’avant comme à l’arrière, ils n’ont rien ménagé quant à la modestie. En plus de la folie maritale, c’est la folie dépensière !  Tout ce spectacle me fait penser à ma future fiancée …

Chère fiancée ;

Il y a ceux qui, avide de fêtes, mobilisent tout un arsenal logistique pour annoncer à toute la capitale que c’est leur jour et il y a moi, ton futur homme, celui qui va préférer la discrétion à la flagrance. Les mariés sont comme des fous, je sais. Et crois-moi, ce jour-là j’aimerai tant qu’on soit aussi des fous mais des fous bien portant. Promets-moi alors une folie moins bruyante, chère fiancée. D’accord, ce que femme veut Dieu le veut ; mais j’espère que tu me comprendras.

Là où tu es, j’imagine que tu regardes avec envie le spectacle de ce beau marié au gabarit respectable entrain de soulever son épouse, avec une facilité déconcertante, pour une sublime pose de photo. J’imagine que tu te vois à la place de la mariée, voltigeant au bras de ton homme, tout sourire pour la pose. Mais cette idée qui trotte dans ta tête devrait te rappeler également que ton homme n’est pas Dwayne Johnson, The Rock. Je n’ai que deux petits biceps suffisant pour te passer la bague au doigt, plus quelques efforts physiques, c’est tout. Certes j’aime les corps bien menus mais je croise les doigts pour que tu ne sois pas d’une aussi grande rondeur que celle qui défile de l’autre côté de la rue. Alors, pour l’histoire de biceps on verra au moment venu. S’il le faut on devra s’entrainer pour mieux exécuter cette folie. Je ne veux surtout pas compromettre notre nuit de noces et finir à l’hôpital à la suite d’une côte cassée.

En parlant de nuit de noces, je voudrais te proposer ce plan : courtes cérémonies, longue nuit de noces. Par exemple pour les photos on pourrait se limiter à l’essentiel ; juste quelques photos dans un seul endroit. Et pour ce qui est des enregistrements vidéo, on zappe, on file illico à la salle de réception pour en finir rapidement avec les cérémonies et dans la foulée on garde plus d’argent et plus de temps pour nous. D’ailleurs je n’ai jamais trouvé l’intérêt derrière les dépenses pour la vidéo. Ne pense pas que je suis originaire de Mwaro, ça peut t’étonner parce je suis de l’Imbo. D’habitude, les garçons de l’Imbo se marient trop jeunes. Mais moi, je vieillis déjà. Je suis souvent une exception dans nombreuses réalités de notre société. Dans mes propos il n’y a ni caprices ni préséance à l’ordre d’aucune sorte, tu peux me faire confiance. Ce sont juste des propositions pour profiter de notre belle journée.

Alors, chère potentielle épouse, où que tu sois, j’espère que tu m’attends et que tu accepteras de nous épouser moi et mes « folies ». En passant, je ne t’espère pas parmi ces demoiselles d’honneur qui défilent et posent avec le jeune couple ; vu l’audace de leurs poses osées, je doute qu’une d’elle accepterait ces compromis que j’aimerai proposer. Vive le mariage et ses folies !  

Une réflexion sur « Mon mariage :  un vœu et des compromis »

  1. pt hme et gihuhusi qui narre et qui plane dans les aires au dessu du tanganyika, courage !!

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