J’ai trouvé l’amour dans l’amitié. Je sais que tu veux fonder une famille, avoir des enfants directement ; mais moi je ne suis pas sûr que je veuille en avoir. Je ne suis pas sûr que je sois faite et prête pour le devoir de mère. Je ne sais pas si j’en voudrais un jour d’ailleurs.

Mariage 2.0 : peu ou pas d’enfants

Mon amour,

Avant toute chose, je voudrais te remercier pour m’avoir choisie parmi celles que tu as connues pour partager ta vie. Cette lettre va t’étonner autant qu’elle va livrer le vrai fond de ma pensée quant à cette perspective de partager nos vies. Ça fait des mois que j’essaie de voir comment t’en parler sans succès. Tes jolis yeux qui pétillent quand tu me parles des plans de maisons, des enfants et de tes volontés pour leur avenir m’ont toujours dissuadé de le faire. L’excitement dans ta voix quand tu décris tes rêves de famille lie toujours ma langue, comme si j’avais du plomb dans la bouche. Comment réajuster les rêves de mon amour sans pour autant le frustrer ? comment lui faire comprendre que dans ses projets, des compromis sont nécessaire sans pour autant passer un message de contradiction, un message qui annihile son rêve et gèle cette euphorie ? Pardonne-moi de ne pas le faire face à face.

C’est compliqué

Il y a des gens pour qui le mariage est synonyme d’enfants, comme toi. Il y a d’autres qui sont persuadés que le mariage est l’aboutissement d’un long chemin avec soi-même, après avoir fait une introspection sur soi, ce que l’on est, ce que l’on désire, ce que l’on veut et décider de ce qu’est sera la prochaine étape. C’est mon cas. Je suis sûr que je veux faire ma vie avec toi. Après toutes ces années dans tes bras, ce serait un honneur de partager le reste de mon existence avec le choix de mon cœur et de ma raison. J’ai trouvé l’amour dans l’amitié. Je sais que tu veux fonder une famille, avoir des enfants directement ; mais moi je ne suis pas sûr que je veuille en avoir. Je ne suis pas sûr que je sois faite et prête pour le devoir de mère. Je ne sais pas si j’en voudrais un jour d’ailleurs.  

J’ai grandi avec des parents absents, occuper à se prouver mutuellement qui pisse le plus loin que son ombre. Pour noyer leurs peines et leurs chagrins de se sentir seuls dans leur grande maison, quand ils n’étaient pas « occupés », l’alcool, les jeux et les putes de luxe ont emporté mon père dans la tombe ; l’université, les soirées mondaines et les conférences à l’autre bout du globe continuent d’occuper l’autre. Ma mère, qui n’a pas su assagir son époux, nous reprochera, mon frère et moi, les manquements de celui-ci. Mes parents ont vécu plus pour eux, pour leurs egos et leurs rêves, nous délaissant à nos sorts et aux soins de nos tantes et oncles qu’ils hébergeaient chez nous.

Choisir son destin

J’aime les enfants. Si un jour je devais en avoir, j’en voudrais deux ; une fille et un garçon. Ils représenteront une part de moi-même, un alter égo dont je serais responsable. Ils seront une seconde chance que la nature va m’offrir pour leur donner une vie que j’ai voulu avoir mais que je n’ai pas eu, pour des raisons diverses. Ils seront une responsabilité qui m’obligera à m’oublier moi-même sciemment ou pas, avec ou sans rancune, pour leur bonheur, leur bien-être et une meilleure intégration dans ce monde. Je me devrai de protéger leur innocence, encaisser leur ingratitude jusqu’à l’âge adulte et ils auront tout mon amour comme chair de ma chair, fruit de mes entrailles et sang de mon sang ; dans cette vie et de l’au-delà.

Malheureusement, je ne suis pas prête pour cette maternité. Dans cet avenir proche que tu nous prédestine, je ne me vois prioriser et gérer mes projets scolaires, professionnels et ma vie familiale en même temps. Je refuse de sacrifier l’un ou l’autre et je te demande d’y réfléchir. Des études à terminer, une carrière à faire décoller, des escaliers à gravir, un mari à s’occuper et des risques de vie à prendre pour chercher à gagner une vie et valoir quelque chose.

L’idéal d’une famille inclus les enfants mais je sais que je ne suis pas obligé d’enterrer mes ambitions au nom de l’amour, faire fi de la voix de la raison, satisfaire les rêves d’autrui, oublier les miens et risquer de vivre dans les regrets de ne pas avoir réaliser les miens. Je veux avoir suffisamment de temps pour mes enfants que je suis prête à accepter les regards de travers d’autrui, risquer de te perdre et m’en prendre qu’à moi-même ; dans l’espoir que tu vas me comprendre. Et si ce n’est pas le cas, si tu penses que ce que je te demande seras difficile à respecter, je comprendrai. J’essaierai de comprendre.  

S.S.

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