Je m’appelle Kami, j’ai 25 ans et je termine la faculté de Psychologie à l’Université du Burundi. Mon état civil ? J’ai choisi une chanson de Jennifer pour répondre à cette question : « J’attends l’amour de mes rêves … ». La Saint-Valentin approche. Sur le boulevard de l’Uprona, je dévore des yeux les couples qui se dandinent la main dans la main. Je sens l’odeur de l’amour titiller mes narines. Ma vue est éblouie par le rouge des roses étalé au coin des rues. Un chagrin strident me fond le cœur. Telle une claustrophobe, je me faufile dans une foule radieuse et rayonnante d’une énergie positive pour regagner ma chambre. Une chambre où règnent la solitude et l’ennui. Me croyant rescapée des tralalas sur la Saint Valentin, c’est au tour des statuts WhatsApp de me replonger dans les abîmes de la nostalgie. Des mèmes du genre : « Ne me demande pas pourquoi je t’aime car je devrais t’expliquer pourquoi je vis. » ou « Dites à vos proches de ne pas mourir le 14 février, je réserve le paradis pour mon bae. » ne cessent de défiler devant mes yeux. Pourquoi suis-je la seule à ne pas trouver cela marrant ?
Le jour J
Le temps est propice aux amoureux, aux poètes et leurs muses ; il inspire les slameurs dont le cœur regorge de vers charmeurs. Mais hors de question de sortir de chez moi ! Scotchée dans ma chambre au campus Kamenge, je m’approche de la fenêtre. Il fait beau, le soleil est entrain de finir son tour. L’excès du déodorant des étudiants parvient jusque dans mon terrier et me fait éternuer. C’est par la fenêtre que je les vois, sur leur 31, marchant d’un pas assuré vers leurs amours.
Je quitte la fenêtre, je pars me blottir dans mon lit, dans l’espoir de m’endormir, afin de tuer le temps. Soudain, j’entends quelque chose glisser sous ma porte ; une lettre ! Je me précipite d’ouvrir la porte pour voir ce farceur mais le couloir est vide. Je déroule délicatement la feuille, soigneusement pliée en quatre : Rejoins-moi au « bar des idées ». PS : Joyeuse Saint-Valentin. L’idée de m’aventurer dans un jeu inconnu ne m’enchante guère. Et si c’est une blague à la fin ? je dirais qu’il n’y a rien de drôle du tout. Néanmoins, l’envie d’y aller est plus forte et je m’y rends dix minutes plus tard.
Installé sur une chaise, un bechou à la main, je tombe à ma grande surprise sur mon meilleur ami. D’ailleurs, il est le seul à manquer de compagnie. Les rares personnes qui restent dans le bar sont plongés dans leur univers, dans un vacarme qui trahit leur ivresse. Tel un aimant soumis à une force gravitationnelle, je m’avance vers lui.
– Je t’attendais Kami, fait-il en avalant une gorgée. Il me fixe intensément. Je me demande ce qu’il me veut mais j’ai ma petite idée. Il fût un temps où j’avais le béguin pour lui. Sacré destin, il a fallu qu’il soit l’un de mes meilleurs amis. Parfois, un semblant de flirt s’érigeait entre nous mais jamais au – delà.
– Et si on concrétisait cet amour qui nous unit ? dit-il en allant droit au but sans détourner son regard.
– Mais, tu sais bien que …
– Je t’en prie, donne-moi une chance de veiller sur toi, de t’aimer et de te chérir …
Ce soir-là, ce que j’ignorais, c’est qu’à l’encre de la passion, un long chapitre d’amour et de pur bonheur commençait à s’écrire. Après cette soirée, j’étais désormais convaincue d’une chose : « La magie de Valentin opère toujours. »
