Pour eux, l’âge ne conditionne pas le courage, le véritable amour n’a pas de frontières et l’humanisme se fou royalement du conformisme. Malgré leurs jeunes âges, ils ont déjà compris la beauté de la diversité, la force de la différence et la puissance de l’unité face à la barbarie humaine.

Buta : une journée pour écrire une histoire, une éternité pour la raconter

Assis sur la petite colline qui surplombe la vallée, je ne peux m’empêcher d’apprécier l’harmonie du beau paysage, les gazouillis des petits oiseaux qui volent dans tous les sens lui procure une douce symphonie et l’air qui chatouille ma peau est pure et douce. L’ambiance plonge mon esprit au cœur de l’histoire qui encense la région. Je ferme les yeux, me laisse emporter dans la vallée. Le froid et l’éclat du soleil levant éveille mes sens, je me sens presque en apesanteur et laisse le temps m’emporter dans ma méditation …   

Depuis le sommet de cette petite colline, je contemple l’établissement scolaire qui raconte l’histoire de ce matin du 30 Avril 1997. Une histoire de frères que la folie humaine a béatifiée. Au moment où des gamins d’un autre petit séminaire du pays se réveillaient pour embrasser le jour, ceux de Buta se réveillaient pour embrasser le feu que leurs ainés ont bercé, nourri et attisé durant des années dans un pays que ces mêmes ainés décriaient de lait et de miel.

Une leçon d’histoire

Dans mes pensées, je me vois dans la foulée des évènements de ce jour historique. Sur la montagne, à mes côtés, je vois le détenteur de la grosse mitrailleuse qu’on appelait Miyaya qui tire dans tous les sens, bien déchainé et remonté. De l’autre côté de la vallée, les gosses courent dans tous les sens également. Des innocents qui en aucun cas n’ont offensé leur Dieu pour subir un tel sort, à part peut-être le fait de naitre au sein d’un peuple vivant au rythme des horreurs de son passé, obstiné à regarder son avenir, s’interdisant d’accuser le coup tout en continuant à nourrir la bête de la vengeance au dépend de l’innocence de toute une génération. Des tirs et des explosions s’entendent dans les dortoirs. Certains gamins sautent par les fenêtres, d’autres courent se réfugier sous les lits. Le carnage est sans précédent. Je regarde le détenteur du Miyaya, son visage affiche un sourire jaune qui glace le dos.                                                                                                                                                               Je me désole du deuil qu’une quarantaine de familles dans le pays va faire face, la page d’histoire qui vient de s’écrire dans le sang et une éternité qui racontera la leçon de vie inspiré de cette hécatombe. Je pense à ces pères et mères qui avaient investi en leurs enfants loin de leurs attentions, les confiant aux prêtres aussi impuissants et martyrs que leurs ouailles devant le feu de la Kalachnikov. Je déplore le malheur qui s’est abattu sur l’établissement, la petite pépinière d’espoir pour la nation qui, en moins d’une journée est devenu un champ d’abattage.

Mémorial

Sur la montagne, le silence est profond. Dans ma profonde réflexion, je respire au rythme de la nature. Je vois l’image de ces vaillants garçons qui, à l’intérieur des dortoirs, refusant de se séparer pour le compte d’une défense ethnique sont en train de devenir des Martyrs de la fraternité. Ils écrivent l’histoire d’un amour inconditionnel. Pour eux, l’âge ne conditionne pas le courage, le véritable amour n’a pas de frontières et l’humanisme se fou royalement du conformisme. Malgré leurs jeunes âges, ils ont déjà compris la beauté de la diversité, la force de la différence et la puissance de l’unité face à la barbarie humaine. Je regarde le mitrailleur puis c’est mon tour d’esquisser un sourire …

Les beuglements des vaches dans la vallée m’éjectent de mes pensées. Je reviens peu à peu de ma torpeur.  J’égare mon regard un peu au-delà de mon ancien établissement. J’admire le sanctuaire érigé en l’honneur de ces martyrs. Une belle plaque, sur laquelle ont été dessinés leurs effigies, orne le sanctuaire. Devant la plaque se profilent en deux rangées leurs sépultures avec leurs noms gravés dessus ; quarante au total. La majesté de l’endroit honore le courage de ces jeunes héros.

Il y a 24 ans jour pour jour que vous nous avez laissés une histoire, une immortelle leçon de l’amour du prochain, une sagesse à imiter, un exemple à suivre. Votre part a été faite. A nous d’en apprendre quelque chose et de faire la nôtre. Du bout du monde, nous pouvons assumer que la sainteté et l’éternité ont un nom : les Martyrs de la Fraternité.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *