Un anniversaire et une bague

Un anniversaire et une bague

Il est 6h pile, l’alarme sonne. Les oiseaux gazouillent depuis une heure déjà. Je me lève, ouvre la fenêtre pour inspirer à fond l’air frais qui pénètre dans ma chambre. Dehors le soleil est beau pour illuminer ma journée. C’est mon anniversaire. La routine quotidienne de tout ouvrier veut me rattraper mais aujourd’hui j’ai décidé de rester peinard à la maison, penser à mon avenir professionnel et attendre les vœux de Karl, mon petit ami, qui certainement va me refaire un de ses coups séducteurs.

Mon emmerdeuse petite sœur surgit dans ma chambre. « Joyeux anniversaire Grand-Ma ! » ; me taquine-t-elle en brandissant mon petit déjeuner, bien emballé et délivré par Baza. Mon charmeur ! Il l’a fait et ce n’est que le début. J’ai des larmes qui perlent dans mes yeux. Je ferme les yeux pour renifler et savourer l’odeur qui s’échappe du papier aluminium de la livraison. Quelle douceur ! J’ouvre ensuite mes yeux pour lire le petit mot qui accompagne la livraison : « Si j’avais le pouvoir de créer un monde à moi, je le créerais à ta façon pour t’y conquérir à vie. Joyeux anniversaire princesse ! »

Les larmes coulent déjà sur mes joues. Je dévore le petit déjeuner comme une capricieuse jeune fille qui s’est rebellée la veille contre le menu du soir. Rassasiée, je me rabats sur mon smartphone en attente d’une journée qui s’annonce plus longue et courte en même temps. A ma grande surprise, aucun message de la part de Karl. Pas étonnant, se faire rare a toujours été sa tactique préférée. Je me contente de quelques messages et statuts WhatsApp des amis et connaissances ; rigolos et taquinant pour la plupart.

On est presque midi. J’ai fini le premier round de sommeil. Je surfe à nouveau sur mon smartphone, réponds à quelques messages WhatsApp en me désolant parfois de ma vieillesse mais en me consolant en même temps avec la douceur de tous ces mots qui défilent sur mon écran. Aussi doux et attentionné soient-ils, ils sont loin de me combler. Mon smartphone se décharge, je me laisse tomber de nouveau dans mon lit.

Ouiii !!!

Il est 17h ; mon téléphone sonne. Au bout du fil, j’entends la voix de Karl qui redore enfin ma journée. « Je passe te prendre dans une heure », lance-t-il avant de décrocher. Un sentiment de bonheur imprègne mon être. Je suis jeune, vivante et aimée. Le reste des détails m’importe peu. Seule depuis le matin, je veux juste m’évader de cette maison qui semble abriter des fantômes. Ici, tout le monde semble avoir oublier mon anniversaire.

Toujours ponctuel, à 18h pile, il a déjà atterri à la maison pour me prendre, destination le centre-ville. Je n’arrête pas de le dévorer des yeux. Elancé, barbe bien taillée, il porte la chemise à carreaux que je lui ai offerte le jour de ses 32 ans. Je le regarde conduire délicatement son nouveau Wish sans m’empêcher de rêver d’un futur avec lui en tant que future mère de ses enfants. Je fête mes 28 ans aujourd’hui et le coup de l’âge se fait sentir déjà. L’idée d’une bague de fiançailles qui me taraude depuis l’an dernier me revient.

Avant d’arriver à destination, il me révèle avoir trouvé un endroit calme et paisible pour discuter entre amoureux. Ma satisfaction est enfin proche ! Sur place, la nuit annonce sa douceur. Dénudé de ses nuages, le ciel dévoile au-dessus de nous sa lune et ses belles étoiles pour agrémenter notre soirée. Dehors, dans un bon jardin des guirlandes de Noël dessinent des schémas aussi resplendissants que l’endroit lui-même dans son ensemble. L’ambiance est à couper le souffle. Je cru comprendre qu’on allait s’assoir dehors avant de voir sa main me guider vers une entrée dont la direction est tracée par ces petites bougies artificielles auxquelles nous ont habitué les mariages modernes de Bujumbura.

L’idée de la bague me revient à nouveau. Mon cœur bat à tout rompre. Est-ce une demande en mariage ? Non ! Va-t-il le faire le jour de mon anniversaire ? Dans ma tête roulent cent pensées éparses et confuses. Deux pas en avant et je vois apparaître devant moi tous les fantômes de la maison. Ahurissant ! Les traitres ! Ma vieille maman, l’emmerdeuse, mon frère et ma belle-sœur sont tous là avec tous mes amis qui n’ont pas cessé d’ironiser toute la journée, me rappelant que ma tronche valait plus d’un quart de siècle. Debout au centre d’une figure en cœur dessinée par les mêmes bougies dans leur continuité, Karl lance « Surprise !!! » avant que les autres l’imitent. De nature très discret, il ne m’a jamais fait une telle surprise depuis trois ans qu’on est ensemble.

Je le regarde droit dans les yeux et sans m’en rendre compte, un « Ouiiii !!» haut et audible s’échappe de ma bouche. « C’est par ici qu’on nous a réservé », réplique-t-il en me dirigeant vers deux chaises réservées pour nous. La honte, il ne l’a même pas remarqué. Assise, je ne cesse de regarder mes doigts, cet annulaire gauche qui s’apprête à enfiler le joyau tant attendu. Je frétille au fond de moi.

Quelques minutes plus tard je vois Karl tirer de sa poche une petite boîte carré, noire ornée d’une petite fleur, couleur rose bébé ; ma couleur préférée. Sur la table tout le monde chuchote et se rince les mains en attendant le grand moment pour décrocher le graal. La salle chauffe, je palpite, mon cœur bat vite ; difficile d’avaler ma salive. Je suis à deux doigts de fondre quand il me tend la boite puis retire un beau collier doré. Il se tourne ensuite derrière moi pour me le mettre au cou. Il me va super bien. Tout le monde acclame et demande d’apporter le gâteau que ma petite sœur amène illico. Je me fais violence en souriant pour ne pas donner libre cours à la déception qui risque de me trahir. Je souffle les bougies en rapportant les vœux de la bague de fiançailles à un autre jour …

Une réflexion sur « Un anniversaire et une bague »

  1. Je n’en crois pas une seconde, c’est du théâtre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *