Le soleil qui se cache derrière les montagnes surplombant Bujumbura commence à illuminer le ciel d’une douce lumière discrète. Pas de chants d’oiseaux pour me réveiller, je compte sur le réveil du téléphone mais étrangement je me lève toujours avant qu’il ne sonne. Il est à peine cinq heures du matin et même si on l’avoue rarement, personne ne fait plus la grâce mâtinée à Bujumbura. La ville nous a transformés en petits commandos. En moins de cinq minutes, je suis prêt pour aller au travail. Pas de petit déjeuner, je ne me rappelle même pas à quand remonte le dernier.
Une petite course pour arriver le premier au parking, en passant par une ou deux connaissances que je ne peux me permettre de reconnaître dans l’empressement matinal. Mais trop tard, tout le quartier est déjà là. Toute la famille du voisin plus les parents, les enfants en uniformes, les cousins, les oncles et les tantes font déjà la queue. Pas de bonjour, juste un échange de regards hostiles et bizarres qui semblent vouloir dire : « Tu n’avais qu’à te réveiller tôt ». Quand on fait la queue le matin, pas d’attachements. Quelque part dans la foule, même la fille que je draguais hier soir, déjà là depuis un moment, bien maquillée, m’évite du regard. Je ne lui en veux pas. Il ne faut pas mélanger les affaires nocturnes et les affaires matinales. A vrai dire, toutes les belles nanas du quartier sont arrivées avant moi, bien à l’avance, espérant trouver le premier bus avant que le soleil ne vienne bousiller leurs maquillages.
Les joies du transport en commun
Une voiture d’un particulier arrive, les belles nanas, stratégiquement placées devant, essaient de l’arrêter avec leurs sourires radieux. Insensibilité au charme matinale ou regard menaçant de sa femme assise à ses côtés, le conducteur passe ne laissant que jurons et grincements de dents dans la foule. « V yose ni ivy’isi », lâche une bonne chrétienne refusant de se rabaisser en jurant comme les autres.
Enfin un bus arrive, les gens affluent. Quelque part derrière dans la foule, confiant en ma technique, je ne panique pas. Tandis que tout le monde se bouscule dans l’entrée, je saute par la fenêtre, je réajuste ma chemise et je redeviens l’honnête citoyen que je suis. La famille du voisin s’étonne de me retrouver à l’intérieur. Ils ne peuvent s’empêcher de rire. Enfin les premiers sourires de la journée ! Je jette un coup d’œil par la fenêtre et c’est à mon tour d’éviter le regard de ma belle nana restée plantée dehors, en boudant sur le parking. La pauvre n’a pas pu gagner au petit combat de coude auquel il faut se livrer pour entrer. Ne t’en fais pas ma belle, un jour nous aurons notre propre voiture !
Le bus démarre, avance et se retrouve en à peine quelques mètres du parking dans les embouteillages, mettant à rude épreuve les bonnes manières du chauffeur. On traine dans la rue et mes pensées se retournent vers ma copine, sûrement en train de suer sur le parking. Les remords me brisent le cœur, j’anticipe déjà sa colère lors de notre prochaine rencontre. Et zut ! Je vais devoir lui acheter un cadeau, un kit de maquillage peut-être ! C’est vraiment trop difficile d’être de bonne humeur le matin à Bujumbura. Il est à peine sept heures et je suis déjà exténué. Et en plus, on est lundi ! Je lâche un soupir mais je n’abandonne pas. Tout le village pense que je suis en train de cartonner dans la ville, je ne dois pas les décevoir …
