« Quand j’étais petit garçon, je m’en allais à l’école ; en marchant. Eh bien des années plus tard, je rentre du boulot ; en marchant. La vie, c’est plus marrant, c’est moins désespérant ; en marchant. »
Ah le covid ! Qui aurait cru qu’on aurait eu à regretter ce beau vieux temps ! Se laver les mains sur les parkings, avec de l’eau et du savon généreusement offerts par la municipalité. Porter des masques avant de monter dans les bus. Ah oui ! On pouvait encore trouver facilement des bus. Eh oui, c’était le bon vieux temps !
Le temps est passé, l’eau a coulé sous les ponts et le carburant s’est évaporé on ne sait où. Les pannes sèches nous ont appris à transporter ces véhicules qui nous transportaient. Sous le ciel ensoleillé de la belle capitale, pousser quelques tonnes d’acier font passer d’une panne sèche à une gorge sèche et sans bière fraîche la tâche n’est pas si simple surtout quand on ne trouve pas un thé bien sucré pour récupérer.
La Bible nous dit certes d’aller attendre dans les villes, mais quand on pense qu’une fois dans le centre-ville le retour risque d’être un chemin de croix, on en vient à le regarder de loin comme Moïse regardant avec regret la terre promise. Enfin de compte, on peut être satisfait d’avoir mis au moins en pratique une mesure barrière contre le covid : supprimer les déplacements inutiles.
En marchant !
Avant, porter ou ne pas porter le masque dans le bus était la question mais actuellement marcher ou faire la queue est la question que l’on se pose. Bien évidemment la question ne se pose pas souvent pour un fier citoyen de la capitale. Hors de question pour lui de marcher sous ce soleil brûlant de Bujumbura. Un citadin, ça se déplace en voiture même si le prix pour ça c’est d’attendre ce bus toujours garé à la station depuis trois jours. Alors, il fait la queue. Qu’il pleuve ou qu’il neige, le citadin résiste et attend …
Mais qu’elle est longue cette file d’attente ! Elle serpente, fait des zigzags, donnent des vertiges et des maux de tête. Tout le monde n’a pas la bravoure de l’affronter. Ainsi, le piéton, qui sommeille en nous, se réveille puis on se décide de marcher, à contre-cœur. On découvre cette plaine bien plate. Une occasion d’une petite randonnée pour découvrir les jolies routes de la capitale qui se présente. C’est le moment de faire amples connaissances avec ces nids-de-poule ; ceux là-même qui continuent de bousiller les suspensions de nos belles voitures. C’est le moment d’effectuer enfin cet exercice physique régulier que les médecins nous ont prescrits mais qu’on ne pouvait pas faire parce qu’on n’avait pas le temps. Enfin de compte, quand on veut on peut ; il ne faut pas attendre la guerre en Ukraine pour apprendre à marcher !
Le bien ou le mal, si on n’en pleure pas, il faut en rire. Ainsi, l’envie de parodier la chanson devient trop tentant : « Quand j’étais petit garçon, je m’en allais à l’école ; en marchant. Eh bien des années plus tard, je rentre du boulot, en marchant. La vie, c’est plus marrant, c’est moins désespérant ; en marchant. »
