Fatigué par tant de médisance et de critiques, il était sur le point de jeter l’éponge. A quoi bon se battre pour un rêve hué par ceux qui était censé te soutenir ? se creuser les méninges pour une passion qui ne fait pas l’unanimité ? Le jeune adolescent, dans sa profonde tristesse laissa couler quelques larmes pour purifier son âme, dissiper sa colère et sa haine envers le reste du monde afin de jouir du calme de la nuit. Séduit et inspiré par « l’Alchimiste » de Paulo Coelho, un livre trouvé par hasard en surfant sur le net, l’histoire d’un jeune homme en quête de sa légende personnelle dans une sorte de mission originelle qui avait pour but de donner un sens à sa vie, il crut trouver les clefs pour sortir de son labyrinthe des maux. D’un geste purement réfléchi, il sortit de son lit, dénicha une feuille et un stylo puis il se mit à écrire …
Choisir, assumer et vivre
Chers parents, je prends mon courage à deux mains pour vous dire que je m’en vais vivre une vie qui m’enchante, me passionne. Vous m’avez longtemps étiqueté d’immature, d’insensé pour avoir entretenu mon ambition de devenir musicien. À l’époque, je m’étais révolté pour me rendre compte finalement que ma rébellion était vaine. J’en ai appris que l’un des plus durs défis de l’humanité est celui de changer les mentalités qui se sont endurcis avec le temps. Pourtant, vous auriez dû remarquer depuis le début que je n’étais pas né pour faire la faculté de droit. Même ma physionomie aurait dû vous renseigner ! Tenez, j’ai des doigts de pianistes, fins et longs pour plaquer les accords, un corps svelte de guitariste, des mains fermes de batteur. C’est bel et bien autour des instruments que j’aimerais passer le reste de ma vie. Aujourd’hui, une chose a changé : je veux y croire. Croire que le projet que je vais entreprendre portera ses fruits, croire que mon rêve sera prometteur si j’y mets tout mon talent et toute ma bravoure. Certes, je mènerai un combat sans merci mais en bon guerrier que je suis, je m’armerai de détermination, d’endurance et l’expérience fera le reste. J’ai fait mes débuts dans une chorale et à les entendre dire, il me trouvait très excellent.
Ces mots ne vous sont pas adressés pour nécessairement me soutenir. J’essaie de mettre mes ressentis et mes émotions sur écrit dans l’espoir que vous essaierez de comprendre mon choix. Vous m’avez longtemps mis les bâtons dans les roues et Dieu sait à quel point j’ai essayé de renoncer à cette envie sans succès. Un désir ardent qui a continué à m’habiter nuit et jour, une passion qui a toujours habité mes rêves où je me voyais devenir le prochain Mozart ou conversant avec mon idole, le célèbre Yanni.
Désolé père, mère si je n’ai pas su taire cette passion. Mais dès ce jour, je laisse cette envie m’envahir, me pénétrer et me consumer complètement. Tant pis pour les échecs, les désillusions, j’y vais conscient et prêt à assumer les conséquences de mes actes. Avec mes économies, je pars dans une école de musique, basée dans une province éloignée de Bujumbura. Ne vous affolez pas, je suis un grand garçon maintenant, je saurai me débrouiller. Lorsque vous allez trouver cette lettre, je serai déjà loin. N’essayez pas de me retrouver, surtout si c’est pour me faire changer d’avis en dénigrant ma vocation ou me faire revenir contre mon gré.
La meilleure manière de vivre heureux est de gérer sa propre vie et laisser les autres s’épanouir dans leur choix. Prenez soin de mes petits frères, ne leur mentez pas que je traverse une crise d’adolescence plutôt que je m’en vais concrétiser mon rêve. Je promets que je reviendrai vous voir, témoigner mon amour à votre égard, reconnaissant du cadeau d’être votre fils pour repartir et reprendre ma quête du bonheur. Puisse le destin m’être favorable.
Votre fils qui vous aime.

J’adore vos histoires.