Un semblant d’amitié

– Il ne faut en aucun cas rater ça ! c’est le genre de soirée qui a lieu une fois dans une vie ! ; me disent mes potes, tous excités, à l’autre bout du fil. Je suis généralement le genre de personnes à embrasser toutes les opportunités qui se présentent. Qui plus est, je suis à vrai dire trop attachée à mes amis.

Le jour J, je me mets sur mon 31. Arrivée sur les lieux, je me heurte à un groupe de filles dans des robes courtes, en paillettes. L’ambiance est à son paroxysme. Je me faufile pour rejoindre ma bande installée dans un coin de la salle. Ils m’accueillent à bras ouverts en me tendant un verre. Je descends le premier vert d’un trait ; l’alcool est un peu trop fort à mon goût. J’enchaîne le deuxième puis le troisième jusqu’à ce que je cesse de compter. Des garçons dont je me souviens à peine le visage défilent devant moi pour danser, les uns l’air plus pervers que les autres.

Au fur et à mesure que j’ingurgite l’eau de vie, je ne suis plus maîtresse de mes actes. Mes amis aussi s’enivrent comme pas possible. Dans cette ambiance à demi consciente, je me sens embarquée dehors par une main qui me tient fermement par la taille. Tant bien que mal, j’essaie de me libérer de son emprise en grommelant des « non » à peine audibles, sans succès. Incapable de me défaire de lui, je me vois monter dans une voiture vers une destination inconnue. La suite des événements se déroule dans un flou total.

L’enfer des uns

C’est au petit matin que je réalise l’horreur de ce qui s’est passé : on a abusé de moi ! Une horreur qui s’accentue en apercevant qui est étendu à mes côtés, réveillé et qui me regarde passivement : un ami à moi ; du moins le prétendait-il. Mon cœur est poignardé doublement. Mon corps dégage une impureté qui me répugne. Non seulement il m’a trahi mais il s’est accaparé de mon être. Ça devient de plus en plus clair : il figure parmi ceux qui ont vivement insisté pour que je sois présente à la fête, peut-être a-t-il échafaudé ce plan depuis le début ?  Avec véhémence, pleine de rage, de colère et de honte, je me défoule sur lui. Je lui balance tout ce que j’ai sur le cœur, comment il vient de détruire ma vie à cause de son acte. Il reste de marbre et maintient sa version selon laquelle j’étais consentante.

De retour chez moi, malgré des douches répétées, je suis incapable de faire disparaitre cette aversion de moi-même. Seules mes larmes arrivent à atténuer brièvement mon chagrin, mêlé de haine. Le soir, je prends la décision d’aller à la rencontre du reste du groupe, convaincue que grâce à eux, nous pourrons le traduire en justice. Rien ne se passe comme prévu. Ils affirment tous que le concerné avait déjà un faible pour moi et que, en acceptant de le suivre, je savais ce qui allait se passer par la suite. Maintes fois, je leur répète que j’étais à demi-consciente mais ils refusent de me croire. C’est indéniablement la pire journée de ma vie.

Je rentre désemparée, la sensation d’être la plus naïve. La nuit venue, je désire en finir avec tous ces malheurs qui affluent dans mon existence. Comment vais-je refaire confiance, avoir encore le goût de vivre après un tel épisode ? Ma sœur vient me soutenir dans cette épreuve et c’est elle qui me convainc de me rendre dans un centre de santé afin d’éviter une grossesse non désirée ou de contracter le VIH. D’ailleurs, je ne vais pas donner satisfaction à mes soi-disant amis en ruinant ma vie. Au centre de dépistage, l’infirmière en face de moi me toise, l’air triste et désolé après tout ce que je viens de lui raconter. Éprise de pitié à mon égard, elle me prescrit des médicaments et je repars chez moi, un peu sereine …

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